• 7. Rapport n°7

    7. Rapport n°7

     Ces dernières semaines ont été  pour le moins intéressantes. Nous commençons par la nouvelle la plus troublante. Une nuit, sans que personne ne puisse en comprendre la raison, Maximilien s'est levé et s'est dirigé vers la piscine municipale. Il y entrera par effraction, se déshabillera avant de se laisser noyer. 

    Une chance, ce seront les gestionnaires qui s'en rendront compte plusieurs heures après qu'il ait perdu la vie. J'aurais vraiment aimé savoir pourquoi il a agi ainsi.. Il a toujours agi comme un père de famille responsable, toujours maintenu l'illusion que nous étions une famille recomposée heureuse. Depuis plusieurs années, il faisait même preuve de remord envers Midi et moi. 

    7. Rapport n°7

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     Cela étant, vous comprenez que mon deuil fut de bien courte durée. Sitôt que j'eus appris sa mort, j'appela mon coiffeur et mon tailleur pour changer de style. J'ai jamais vraiment aimé le noir et vu que je n'ai plus tête ni au deuil de mon enfance, ni envie de continuer l'illusion mise en place par Maximilien.. 

    J'ai l'impression d'enfin vivre, d'enfin pouvoir être moi même. Je me sens mieux dans ma tête, dans ma peau, dans ma vie, comme si tout mon fardeau, tous mes malheurs s'étaient dissipées avec le départ de Maximilien, comme si toutes les larmes que j'avais versée m'avait enfin fait renaître. 

    Et donc j'ai fêté ça en invitant mon amant à faire une partie de jambe en l'air dans la piscine même qui avait vu périr mon mari quelques heures auparavant. Après tout, elle était fermée pour la journée, autant qu'elle serve à quelqu'un.  

    7. Rapport n°7

    Cette lettre nous est arrivée par la poste un matin. 

    C'est la preuve de ce dont je parle depuis un moment à Midi. Insomnie est toujours vivant, changé en machine afin d'oublier ce qu'il s'est passé cette nuit là. Et, avec ses souvenirs de cette terrible nuit, ses souvenirs de Midi ont également disparu.

    Tant et si bien que j'ai pu aisément me faire passer pour elle lorsque je suis entrée en contact avec lui et lui faire m'envoyer cette lettre, débloquant ainsi l'esprit de ma sœur. Quelqu'un du passé de Midi est encore en vie, quelqu'un qui lui était cher et qui a été témoin des mêmes choses qu'elle, choisissant d'oublier d'une façon plus radicale qu'elle n'a pu le faire. 

    Je suis heureuse d'avoir pu au moins lui apporter ça. Je suis heureuse de l'avoir enfin mener sur le chemin de la guérison. 

    7. Rapport n°7

    J'ai ainsi donc pu avoir la discussion que je rêvais d'avoir avec Midi depuis un moment. C'était dur, elle n'avait pas parlé depuis des années, sa grammaire n'était plus ce qu'elle était, elle cherchait beaucoup ses mots et sa voix semblait la faire souffrir. J'ai été patiente, ai tenté autant que possible de l'aider, de trouver ses mots ou de compléter ses phrases afin qu'elle n'ait pas eu trop d'effort à faire, qu'elle n'ait pas plus à souffrir. 

    Je ne vous ferais pas l'affront de vous dire de quoi nous avons parlé. Vous savez probablement quel a été notre sujet majeur. 

    7. Rapport n°7 

    7. Rapport n°7

    Quelques années auparavant, j'avais acheté un appartement, afin de le faire louer. Je ne vous cache pas que la famille Snowball, avec moi à sa tête, a commencé à racheter la ville. Du centre commercial au restaurants de banlieue, nous avons commencé à grandement investir. J'ai cependant cacher la chose aussi secrète que possible, même au sein de notre famille afin que nous ne provoquions la jalousie. 

    C'est donc dans cette idée que j'avais acquis ce lieu. L'appartement était en ville, comporte deux chambres et une salle de bain, ainsi qu'un séjour-cuisine. L'appartement intéressant pour couple songeant à s'agrandir ou pour une petite famille. Son seul inconvénient est d'être à quelques centaines des deux bars les plus fréquentés du quartier. 

    On a donc décidé à deux qu'il était mieux que Midi aille vivre là bas, on a même commencé les travaux pour faire de la chambre d'enfant un atelier pour elle. Elle aura un voisin, pourra aller en ville comme elle se souhaite, pourra prendre le métro et gagnera donc en indépendance pour mieux reprendre en main sa vie. 

    Ça me fait chaud au cœur après toutes ces années sur lesquelles j'ai pu veiller sur elle de la voir prendre son envol, commencer à envisager de vivre à nouveau comme tout le monde. 

    7. Rapport n°7

     Peut être devrais je vous raconter une anecdote qui m'est arrivé cette semaine. C'était un peu après que je sois devenue humaine. J'étais à la boutique d’élixir, attendant qu'il ouvre pour récupérer quelques fioles pour lutter contre les hallucinations, liés à mes changements réguliers de nature. Je me reposais tranquillement dans le rocking chair, alors qu'un paparazzi me prenait en photo sous tous les angles pour je ne quelle raison encore. 

    Prise par l'ennui, je me décida à manger quelques bonbons de l'arbre à bonbon à proximité. Qu'est ce qui peut arriver de mal? Je suis une sportive hors norme après tout. J'en mange un.. ça commence à me démanger.. J'en mange un second, je deviens jaune.. Je panique pas, ça n'est pas grand chose. J'en mange encore un..

    7. Rapport n°7

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     Et voilà-t-y pas que je prends feu. Tout d'abord, je ne réagis pas. Puis je m'en rends compte, je comprends et, paniquée, hurle qu'on m'aide. Je me débats, je tente de l'étouffer avec mes bras mais rien à faire, ça continue de me brûler, de me tuer. 

    C'est alors que j'entends le cric d'un appareil et me rends compte que ma paparazzi n'est pas partie. Bien, au contraire, au lieu de fuir, d'appeler les secours ou quoi que ce soit, elle prend des photos de moi. En train de brûler vive... Je me dis que c'est pas possible, qu'elle ne doit pas réaliser à quel point la situation est sérieuse, que ce n'est pas une blague. Je suis en train de brûler vive sous ses yeux.

    Je me rapproche donc d'elle. Je lui hurle de m'aider, terrifiée. Je tousse, je panique. Elle doit comprendre que je suis enflammée, là. Elle devrait agir, prendre un extincteur et m'éteindre ou au moins appeler les secours mais non... Elle continue de prendre photo sur photo.  

    7. Rapport n°7

    J'ai heureusement survécu mon expérience, avec plus de peur que de mal. Cela étant, c'est seulement parce que le feu a décidé de s'éteindre de lui même. Elle n'a pas réagi, les secours ne sont jamais arrivés et elle a continué de prendre des photos pendant tout le temps où je brûlais.. Le scoop vaut plus que la vie d'une personne. 

    Dans quel monde pourri on vit..  

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